Charlotte Gautier Van Tour

Charlotte Gautier van Tour est née en 1989. Diplômée et félicitée de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris en 2014, elle poursuit en tant qu’étudiante-chercheur dans le programme de recherche Reflective Interaction à l’EnsadLab jusqu’en 2017. Après avoir participé à plusieurs résidences en France et à l’étranger, elle vit et travaille actuellement à Marseille.

Un des enjeux principaux qu’elle s’est fixé pour les années à venir est d’aborder la résilience et l’écologie dans ses installations. Pour cela, elle développe elle-même ses propres matières bio sourcées, recycle divers matériaux et privilégie l’économie locale tant pour sa consommation personnelle que pour sa production artistique.

Démarche artistique

Comme diraient certains alchimistes, la transmutation de la matière mène à la transmutation de l’esprit. On peut comprendre beaucoup de choses en regardant la matière évoluer et se métamorphoser. J’aime cultiver cet état d’attention, de veille et de soin où chaque geste compte. Je tire un enseignement permanent des formes qui naissent sous mes yeux. 

Mes oeuvres découlent de diffractions, d’érosion, de mélanges, de putréfactions, de germinations, de fermentations, de frictions, de tout un tas de cycles qui nous chuchotent les secrets de la formation de notre biosphère. Le temps s’écoule, de mouvements en transformations la matière n’est jamais inerte, elle est vivante.

Je cherche à révéler l’interdépendance qu’il y a entre toutes choses et à dévoiler les phénomènes d’interconnexion qu’il y a entre les écosystèmes et les êtres. En collaborant avec des micro-organismes ou avec des algues et en naviguant entre la dimension microscopique et la dimension macroscopique, j’engendrer une rencontre entre nos corps et d’autres espèces.

Je rejette l’idée selon laquelle il faudrait privilégier l’existence humaine au détriment des « autres qu’humains ». Ma démarche artistique tisse la peau d’un monde qui serait à la fois une surface sensible et un espace de possible ou se réinventeraient de nouvelles alliances et de nouvelles formes d’attention.

Si les sciences sont une source vive d’inspiration pour moi, j’aime aussi m’adonner au hasard et à la sérendipité dans mon atelier qui ressemble à un laboratoire et à une cuisine. 

L’exploration des mystères que contient notre monde est omniprésente dans mon travail qui les souligne, les réinterprète ou révèle leur magie avec une pratique phénoménologique.

TOP VIEW ( EARTH ARCHIVE)

Agar-agar, spiruline, pigments naturels
Installation in-situ, 4 m de diamètre_2020
Exposition de sortie de résidence à Coco Velten (Marseille) aux côtés des oeuvres d’Amandine Capion

 

Planète colorée et reluisante dans ses premières heures, Top View (earth archive) est une oeuvre évolutive et entièrement biodégradable qui évoque la fragilité de notre écosystème mais aussi la force et la résilience du vivant. L’eau s’évaporant, cette surface sphérique initialement composée de gelée d’algue et de pigments va se transformer en en fines pellicules fragmentées rappelant des feuilles mortes. L’évolution est plus ou moins rapide selon le lieu où l’oeuvre est installée (cela dépend notamment du type de sol, de la température et de l’humidité présente dans le lieu). Son craquèlement est perceptible par l’ouïe, on peut parfois entendre un subtil bruissement quand les fragments se détachent les uns des autres.


En laissant interagir la matière organique avec son environnement proche, mon processus de création se rapproche de la permaculture et affirme la volonté de laisser faire la nature, de l’observer et de l’accompagner plutôt que de la contraindre. Je cherche à montrer un art de l’impermanence, de la sérendipité, non pas figé dans le marbre mais en mouvement, toujours imprévisible et qui questionne le devenir de nos écosystèmes.

LANDS OF WATER

Agar-agar, spiruline
3m50x2m50
2019

 

Lands of Water est une installation évolutive inspirée de la Hollande où j’ai passé 3 mois en résidence l’été 2019. J’ai été profondément marquée par l’histoire de ce territoire gagné sur l’eau dont de multiples endroits ont une altitude inférieure au niveau de la mer.
Ainsi, j’ai vécu 3 mois dans un endroit qui aurait logiquement dû se trouver sous l’eau et dans mon imaginaire la rhétorique marine a commencé à se frayer une place.

Cette cartographie vivante s’étale sur le mur en un territoire d’algues et d’eau. Entièrement composé de morceaux de gelée créée avec de la poudre d’algues (agar-agar) et de cyanobactéries (spiruline), c’est un terrain propice au développement de bactérie et de moisissures qui finit par fusionner avec le mur au fur et à mesure des jours qui passent, lorsque toute l’eau s’évapore. Ainsi son aspect évolue aléatoirement grâce aux organismes qui la colonisent.

FRACTAL

Verre soufflé (atelier Silicybine), acier peint, moteur, ampoule halogène
120 x 70 x 50 cm (sculpture)
2m x 2 m minimum / 6m x 6m maximum (projections lumineuses in-situ)
_2016

 

« Actionnée par un moteur, une source lumineuse va et vient dans une lentille en verre soufflé ; les irrégularités taillées dans le verre réverbèrent dans l’espace des formes proliférant à l’infini qui évoquent des fractales, des formes qui en se fragmentant conservent les propriétés de l’ensemble.Toutes ces réflexions et réfractions de la lumière engendrent un espace en expansion où le spectateur se laisse prendre, perd le sens de la dimension, oublie l’échelle de perception.Tout autour, le monde environnant donne l’illusion de se produire et de se révéler dans l’expansion de la lumière. La lumière sur laquelle travaille l’artiste est bien plus qu’un éclairage ou un rayon lumineux, c’est la matière infiniment subtile dans laquelle baigne le monde, l’éther des physiciens, la substance même du monde qui nous échappe (...) »

Texte de George Quidet

Vues d’exposition Garden Party (2023), curatée par HostingArt x Porte B.

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